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Vers une crise terminale de la zone euro ?

MessagePosté: Jeu 25 Nov 2010 08:59
par Stephane
Un long, mais très pertinent article de Jacques Sapir :
http://www.medelu.org/spip.php?article670

Quelques extraits :

Après l’annonce du plan d’aide à l’Irlande, la situation continue à se dégrader dans la zone euro. Cette dégradation annonce la crise terminale de cette zone, qui devrait survenir d’ici à l’hiver 2011/2012, et peut-être avant. Fondamentalement, ce plan n’a pas rassuré les marchés. D’ores et déjà, les inquiétudes montent sur le Portugal, mais aussi sur l’Espagne, qualifiée « d’éléphant malade » par certains analystes.


Ceci montre que les marchés ne croient plus aux déclarations des principaux responsables qui vont répétant que les problèmes de l’Irlande et du Portugal sont très différents. Ce qui est certes vrai techniquement, mais oublie la vision stratégique du problème. En fait, ces pays souffrent des mêmes maux, et en particulier du taux de change de l’euro. Les structures économiques différentes des pays de la zone ne peuvent s’accommoder d’un taux de change unique, en particulier si ce dernier est fortement surévalué.


La crise terminale de l’euro est donc d’ores et déjà engagée, et elle devrait connaître son point culminant dans le courant de 2011, et au plus tard à l’hiver 2011-2012. Il y a peu de chances qu’elle puisse être évitée. Au mieux, prendra-t-on des mesures pour prolonger l’agonie et reportera-t-on sur 2013 ou 2014 les échéances.

Cette crise ne provient pas des problèmes rencontrés par la Grèce, l’Irlande et demain le Portugal et peut-être l’Espagne. Elle provient en fait de la volonté de faire fonctionner avec une monnaie unique des économies hétérogènes, marquées notamment par des taux d’inflation structurels extrêmement différents. Ou bien par un taux d’inflation tel que toute tentative pour le faire baisser entraîne une chute du PIB.


La crise va donc s’étendre peu à peu, avec des épisodes provisoires de répit. Elle va toucher de nouveaux pays, et même la France sera atteinte quand les agences de notation lui retireront sa note AAA au printemps prochain, tandis que ceux qui ont déjà été frappés par la crise connaîtront des rechutes douloureuses.

L’accumulation des plans d’ajustement budgétaire va plonger la zone dans une atonie économique. Puis une nouvelle récession viendra tarir les rentrées budgétaires sur lesquelles on compte pour équilibrer les budgets. D’autres plans d’ajustement seront alors nécessaires et la zone euro glissera de la récession à la dépression. Dans ces conditions, le coût du maintien de l’euro et dans la zone euro va rapidement excéder ses avantages, supposés ou réels.


Ceci impliquerait aussi des institutions permettant de re-nationaliser les dettes publiques, dont une partie pourrait être financée par monétisation par les banques centrales. Mais un tel système ne se décrète pas en quelques jours, voire en quelques semaines. Si l’on ne veut pas que l’éclatement inéluctable de la zone euro tourne au sauve-qui-peut généralisé, c’est dès aujourd’hui qu’il nous faut anticiper cette situation. Nous avons entre trois et six mois pour agir. Après, il sera trop tard.