Et si le grand danger, c'était l'inflation... Voir l'hyper-inflation ? Voici deux textes qui m'ont interpellés... Qu'en pensez vous ?
Texte de JP Betbeze du dimanche 23 octobre 2016.
Le mot est de Jean-Claude Trichet : « l’inflation, c’est comme le dentifrice, une fois qu’elle est sortie du tube, c’est très difficile de l’y faire rentrer ! ». De fait, après des années d’attente, l’inflation montre sa couleur. Elle apparaît aux Etats-Unis. Le dernier indice des prix a augmenté de 0,2 % en septembre, contre 0,1 % en août et -0,2 % en juillet. La déflation s’éloigne et laisse place à sa symétrique : l’inflation. Sur un an, la voilà à 1,5 % en septembre contre 1,1 % les mois d’avant. Derrière cette inflation, le prix du pétrole joue un rôle, mais il varie en tous sens. C’est du côté des salaires qu’il faut regarder. Le coût du travail a augmenté de 0,6 % entre mars et juin et de 2,3 % sur un an, à fin juin. C’est l’inflation salariale qui vient. Et même en retard, avec ce taux de chômage à 5 % depuis des mois.
Et ce n’est pas fini. La patronne de la Fed, Janet Yellen, a dit que, selon elle, des chômeurs n’avaient pas encore rejoint le marché du travail. Ils restent sous le choc de la crise de 2008. Donc il faut laisser monter encore les salaires et l’inflation tout en augmentant doucement les taux courts. Donc l’inflation « sait » qu’elle peut aller vers, peut-être, 2,5 % !
Allons au Royaume-Uni puis en zone euro. Le Brexit a fait baisser la livre de 15,8 %. Par rapport au dollar, elle est à son plus bas depuis trente ans. Cette livre ultra-faible aide à exporter et encourage les touristes, mais fait aussi monter l’inflation importée. La Banque d’Angleterre pense que l’inflation totale sera autour de 2% l’an prochain, puis à 2,4 % en 2018. Les marchés parlent de 4% ! En zone euro, l’inflation remonte à 0,4 %, à 0,5 % en France et autant en Allemagne.
L’inflation sort du tube ! On la voit dans les pays en plein emploi, passant par les salaires. On la trouve chez les autres, passant par les services. Donc les taux longs vont encore monter. Ils ne vont pas attendre les hausses des taux des banques centrales : ils savent qu’elles seront en retard. Ils vont même ne pas les écouter, pour prendre les devants. Autant de gagné ! Alors la bourse va s’interroger et regarder les entreprises trop endettées, avec trop peu de trésorerie.
Alors les banques centrales vont se réjouir et mesurer la pâte dentifrice sortie du tube : Etats-Unis d’abord, puis Royaume-Uni et Japon, puis zone euro. 2 % en vue ! Laissons faire, diront-elles. On entendra des pleurs : les entreprises qui ont trop profité des crédits en solde, les pays émergents qui vont trouver l’argent plus cher, les investisseurs qui vont se demander ce qui leur a pris d’acheter des bons du trésor à 50 ans qui leur rapporteront royalement 0,5 % ces cinquante prochaines années. Et comment l’expliquer aux clients !
Puis, disons dans un an, les Etats-Unis vont dire que c’est assez. Les salaires auront assez monté, les taux longs aussi, avec le dollar. Le commerce extérieur va piquer du nez, les profits aussi, donc la bourse. Derrière le chômage qui a permis la hausse des salaires vient l’inflation à combattre, par la récession.
Partout, on va alors se dire qu’on en a trop fait : trop de quantitative easing, trop de crédit pas cher pour désespérer l’épargnant et attirer l’emprunteur ! Trop de confiance et de liberté pour les banques centrales ! Quelle idée que leur « monnaie hélicoptère » ! La monnaie, amassée chez les ménages et les entreprises, va se dire qu’il faut sortir. Vite. Sortir pour acheter avant que les prix n’augmentent, acheter l’appartement avant que les taux ne prennent l’ascenseur. Et les entreprises vont penser que c’est maintenant ou jamais qu’il faut faire des OPA ou des OPE sur le concurrent. Mais c’est déjà bien tard.
Alors, on va tout faire pour faire rentrer l’inflation dans le tube. Janet Yellen et Mario Draghi vont dire que tout est sous contrôle : pas de panique ! On demandera à l’épargnant de rester en banque, on le paiera même pour cela ! On s’inquiétera des clients en assurance vie qui veulent vendre leurs obligations, quitte à prendre leur perte avant qu’elle n’augmente encore. On leur parlera. Peut-être qu’on les bloquera, s’ils persistent. Ambiance.
L’inflation n’est jamais celle qu’on veut, ni autant qu’on veut. Elle peut venir des salaires, impôts et taxes ou des importations. Mais, pour qu’elle se manifeste, il lui faut toujours de la monnaie. Et il n’y en a jamais eu autant, pour aussi peu d’inflation. Cependant, la monnaie ne dit jamais ce qu’elle va faire. C’est son secret, bien connu, dans son tube.
Texte de François Trahan
Le stratège boursier François Trahan qui conservait une vision positive des marchés depuis le début de 2016 prévoit depuis la mi-septembre une période négative qui aura des conséquences plus sérieuses que par le passé.
Suite à une nouvelle analyse des indices précurseurs, «j’ai changé mon fusil d’épaule», a-t-il déclaré récemment à Québec, étonnant un parterre de quelque 120 analystes financiers réunis à l’invitation de l’Association CFA Québec.
Conscient que son virage ne plait à personne, le co-président de Cornerstone Macro a même répété à ses auditeurs «de ne pas tirer sur le messager» quand il leur annonce qu’ils disposent d’un mois ou deux pour repositionner leurs portefeuilles de façon plus défensive.
Originaire de Montréal, François Trahan a mérité en 2015 le titre de meilleur stratège financier aux États-Unis, rang qui lui a d’ailleurs été attribué neuf fois ces 12 dernières années.
Selon lui, l’indice ISM ( pour Institute of Supply Management qui prédit le niveau d’activité manufacturière) devrait bientôt culminer à 52 points, «52,5 si on est chanceux» aux États-Unis. C’est moins élevé que les sommets observés lors des cycles précédents (59,5 en 2011 et 57,1 en 2014).
Cette donnée devrait, dit M. Trahan, repasser dès le printemps sous la barre des 50 points, seuil qui indique un ralentissement de la croissance de l’économie. Et l’indice ISM devrait rester sous pression pour la majorité de 2017.
Depuis les années 80, les investisseurs se sont habitués à des atterrissages en douceur pour 79 % des cycles, mais, cette fois-ci, le stratège-vedette évalue plutôt à 79 % la probabilité d’une chute plus abrupte.
À cela s’ajoutent la surcapacité industrielle développée par la Chine et les vents de face qu’impose à l’économie japonaise sa décroissance démographique.
Le spécialiste se demande même si ces économies ne sont pas à risque d’être «poussées hors des rails» par le ralentissement de la consommation américaine.
Portefeuille défensif
Face à cela, le secteur boursier le plus à risque aux États-Unis serait celui des services financiers.
Il recommande même aux gestionnaires de portefeuille d’augmenter leur exposition aux titres à revenu fixe. Du côté des actions, il privilégie les sociétés américaines actives sur le marché domestique, notamment dans les secteurs des biens de consommation, des soins de santé, des services publics ou des télécommunications.
À ceux qui craignent la forte évaluation des titres «défensifs», il répond que celle-ci pourrait encore augmenter avec le ralentissement anticipé.
