Nouvel article de Jacques Sapir sur Fréquence Populaire :
Les conséquences de la trêve dans le Golfe : une victoire à la Pyrrhus pour les iraniens dans un contexte où la crise économique déploie ses ailes ?https://www.fpop.media/les-consequences ... ses-ailes/Cet article de Jacques Sapir soutient que la trêve dans le Golfe ne règle pas le fond du problème : elle stoppe l’escalade immédiate, mais arrive trop tard pour éviter des conséquences économiques majeures. Selon lui, l’Iran n’a pas été vaincu politiquement malgré les destructions subies, tandis que les États-Unis et Israël n’ont pas atteint leurs objectifs stratégiques. Il parle donc d’une « victoire à la Pyrrhus » : l’Iran évite l’effondrement, mais au prix d’un affaiblissement considérable, et ses adversaires sortent eux aussi affaiblis du conflit.
Le coeur de son analyse porte sur l’énergie. Sapir explique que la trêve ne supprime pas les perturbations déjà enclenchées autour du détroit d’Ormuz. Il insiste sur l’écart entre les prix “papier” et les prix réels du pétrole physique, signe selon lui d’une pénurie concrète et d’une désorganisation profonde du marché. Il estime que le vieux marché mondial unifié du pétrole est en train de se fragmenter, au profit de circuits plus régionaux, plus opaques et davantage dédollarisés, notamment autour de la Chine.
L’article élargit ensuite le diagnostic à un choc bien plus vaste qu’un simple choc pétrolier. Sapir met en avant les effets en chaîne sur la pétrochimie, les engrais, l’agriculture, les plastiques, les semi-conducteurs et d’autres secteurs industriels. Son idée centrale est que l’économie mondiale dépend de flux physiques et chimiques beaucoup plus difficiles à reconstituer que de simples flux financiers. La guerre aurait donc déclenché un choc multidimensionnel, touchant à la fois l’énergie, l’industrie, les matières premières stratégiques et l’organisation des échanges mondiaux.
Enfin, il juge que la France et plus largement l’Europe sont mal préparées à encaisser ce choc. Il anticipe pénuries, inflation, ralentissement de la croissance, recul industriel et dégradation du pouvoir d’achat sur plusieurs trimestres, voire davantage. Sa conclusion est que la trêve est bienvenue sur le plan humain et militaire, mais qu’elle n’empêche plus les effets économiques durables du conflit, alors même que la Chine et, dans une moindre mesure, la Russie pourraient tirer un avantage relatif du nouvel équilibre international qui se dessine.