Les médias occidentaux commençent tout juste à s'intéresser aux évènements en Thaïlande, alors que la révolte populaire a commencé il y a un mois déjà.
Évidemment, le sang a commencé à couler depuis hier (4 morts et déjà des dizaines de blessés) et c'est ce qui motive leur intérêt tardif.
Une fois de plus depuis 2006, le gouvernement de Thaïlande est en passe d'être renversé, cette fois par une sorte de coup d'état populaire.

Contrairement à la présentation qui nous en est faite ici en Occident, l'instabilité politique thaïlandaise est complètement liée à la crise économique internationale, même si des évènements régionaux comme le tsunami au Japon et ses conséquences économiques ont aussi joué un rôle.
Oubliez la présentation caricaturale des camps "jaune" et "rouge", avec la "bourgoisie conservatrice et ultra-monarchiste" d'un côté et un mouvement présenté comme "régionalo-populiste" de l'autre. Ça ne correspond pas à la réalité de deux camps aux contours plus complexes. Il y a par exemple des syndicalistes dans les deux camps, des groupes d'intérêt capitalistes dans les deux camps aussi, des monarchistes, des démocrates, des bouddhistes en proportions égales chez les rouges et chez les jaunes...
Ce serait un peu comme réduire par exemple le mouvement en France des "bonnets rouges" à un seul mouvement régionaliste breton ou bien à une manipulation du Medef et de la FNSEA.
Oubliez le pseudo-enjeu de la lutte anti-corruption. La corruption est vécue comme quelque chose de normal et d'habituel en Thaïlande. Les leaders de part et d'autre, que ce soit la Premier Ministre Yingluck ou son opposant Suthep, sont impliqués de la même façon dans des affaires de corruption. Ce que les thaïs n'acceptent plus, et ce pourquoi ils se révoltent, c'est l'impunité des oligarques dans ces affaires. Ce qui les révolte c'est aussi l'injustice sociale, par exemple lorsque au moment des dernières inondations de Bangkok le gouvernement construisait des digues pour protéger les quartiers d'affaires en laissant le peuple sous les eaux...
C'est donc bien avant tout une crise sociale et économique qui se déroule en Thaïlande, et depuis des années déjà.
Quels en seront les débouchés politiques ? Je ne sais pas. Entre Yingluck (que les thaïs ont surnommé la "poupée Barbie") et Suthep le bureaucrate, ça revient pour le moment à choisir entre la peste et le choléra.
Si vraiment il faut faire un choix, alors ce sera peut-être le choléra... mais sans aucune illusion.
En même temps, l'opposition demande maintenant la création d'un "conseil populaire" pour diriger le pays. D'autres alternatives émergeront peut-être à ce moment là.