LA PUERTA DEL SOL CONTRE LE NIHILISME FINANCIER, par Pierre Sarton du JonchayÉtats et finance essaient de gagner du temps en démantelant la démocratie politique pour palier imaginairement l’inexistence de la démocratie économique. Mais la démarche est purement incantatoire sans autre effet que de dissimuler par le discours une réalité qui s’effondre visiblement.
Le capitalisme financier consiste à attribuer des prix à des titres dont la contre-réalité n’est pas vérifiable.
Ce régime de prix est ontologiquement vide. Il contient en lui-même la contradiction de sa matière ; il confond le néant et la réalité. La crise des subprimes a révélé aux acteurs financiers que la confiance nécessaire à leurs transactions ne reposait sur aucune preuve objective. Les banques centrales ont dû forcer la liquidité du système en empruntant les actifs toxiques pour prêter de la monnaie garantie par la Loi. Les États ont dû emprunter massivement pour simuler la confiance des prêteurs par l’autorité de la Loi. Banques, banques centrales et États se sont coalisés pour décréter la confiance : le 15 mai 2011, les indignés de la Puerta del Sol déclarent qu’ils se savent leurrés par le système. Les indignés de la Puerta del sol déclarent qu’ils n’ont confiance qu’en eux-mêmes ; à proportion de la connaissance interpersonnelle qu’ils nouent avec leurs concitoyens.
La chute du matérialisme communiste en 1989 a renvoyé le formalisme capitaliste à son nihilisme.
Jusqu’à cette date, les démocraties libérales avaient dû empiriquement reconnaître des garanties économiques au travail humain pour qu’il respecte la propriété privée des moyens de production. A partir de 1989, l’échec de la propriété collective des moyens de production est avéré.
Le capitalisme libertarien en profite pour abolir la responsabilité publique de la propriété des moyens de production.
Le travailleur a toujours des droits ; mais il n’est plus possible de savoir qui détient les moyens de réaliser ces droits. Le capital est titrisé et détenu anonymement à partir des paradis fiscaux. Le capital est dématérialisé, défiscalisé et factuellement exempté d’obligation de garantir le prix des droits promis aux citoyens.
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PLACES COMBLES,
par François LeclercBillet invitéLes indignés font place comble quand ils s’y mettent. A deux bouts de l’Europe, place Syndagma à Athènes, et à la Puerta del Sol à Madrid, une immense foule de tous âges s’est rassemblée ce soir. Les Espagnols ne sont plus seuls, ils ont fait modèle, ce qui n’était pas assuré.
Des dizaines de milliers d’Athéniens (et d’habitants du Pirée tout proche) manifestent devant une gigantesque banderole qui proclame « La plus grande violence est la pauvreté ». Des concerts d’armes par destination de 3ème catégorie (les casseroles à Barcelone), alternent avec des rafales de sifflet, pour réclamer « une vraie démocratie ».
Suivant la consigne « Toma los barrios ! » (Investis les quartiers), les indignés madrilènes avaient organisé samedi plus de 150 assemblées locales dans les quartiers de la ville, dont les représentants rapportaient cet après-midi sur la Puerta del Sol, en attendant que soient décidées ce soir les modalités des suites à donner à l’acapamento. Ces assemblées locales devraient continuer à se réunir une fois par semaine, élargissant la base de la mobilisation et la structurant.
Sur la place du Rossio à Lisbonne, avec comme mots d’ordre « A bas la dictature financière ! », « FMI dehors ! » et « Démocratie réelle maintenant », les jeunes Portugais tentent à leur tour de relancer leur mouvement qui avait été en réalité précurseur, le 12 mars dernier à l’initiative de la « génération galère ».