La banque centrale de la zone euro a lancé sa première augmentation de capital depuis 12 ans. Une décision qui révèle l'ampleur de la crise.
Ce n'était jamais arrivé en douze ans d'histoire de la Banque centrale européenne (BCE). L'institution financière va procéder au doublement de son capital. Celui-ci va passer de 5,76 milliards à 10,76 milliards, soit le maximum autorisé par les textes européens. L'institution de Francfort est-elle donc dans une situation si mauvaise qu'elle ait besoin d'être recapitalisée telle une vulgaire banque commerciale ?
Malgré son pouvoir de création monétaire, la BCE se doit d'équilibrer son bilan. Ses ressources, inscrites à son passif (la monnaie en circulation, dans la zone euro et dans le monde), doivent correspondre à son actif (composé de ses engagements pour refinancer les banques, ou les États). Or, depuis trois ans et les prémices de la crise financière, les "engagements de la BCE ont doublé, il est donc normal qu'elle double son capital", explique Philippe Simonnot, économiste spécialiste de la monnaie*.
La perspective de lourdes pertes
La banque centrale des pays de la zone euro précise d'ailleurs qu'elle réfléchit à cette augmentation de capital depuis 2009, pour faire face à "la volatilité accrue des taux de change, des taux d'intérêt, des cours de l'or et du risque crédit" et à l'expansion du secteur financier européen. Mais selon Charles Wyplosz, de l'Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, c'est une façon d'avouer qu'elle envisage sérieusement l'hypothèse d'une restructuration des dettes de pays comme l'Irlande et la Grèce, contrairement à ce que clament, tous les jours, les dirigeants européens. Elle prend donc ses précautions, car, si ce scénario devait se réaliser, la BCE et les banques centrales nationales qui la composent (dont la Banque de France et la Bundesbank) essuieraient de lourdes pertes susceptibles de laminer leur capital... Depuis le mois de mai et la crise grecque, la BCE est en effet intervenue directement sur le marché obligataire et a racheté 72 milliards d'euros d'emprunts grecs, portugais, irlandais et espagnols, afin de réduire le coût de refinancement de ces États.
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