Le métal de lune
Posted on March 12, 2011 by Raymond Laurent (47carat.com)
Le métal de lune
La maîtrise de l’extraction de l’argent de son minerai remonte aux Chaldéens, quelque 2500 ans avant JC. Avec l’or, que l’on trouve à l’état natif, l’argent est suffisamment rare pour être considéré comme précieux.
Plus brillant, jaune, l’or s’est vu qualifié de “métal du soleil”. Par comparaison, l’argent a hérité le nom de “métal de lune”, car il brille un peu moins, et il est blanc. L’analogie s’est même imposée dans les valeurs qui leur ont été attribuées dans l’antiquité: le rapport or:argent était de 13 contre 1, tout simplement à cause des 13 lunes annuelles ! Les anciens n’étaient d’ailleurs pas si loin de la réalité, car leurs proportions dans la croûte terrestre sont estimées de nos jours à 17 contre 1 en faveur de l’argent. (Petite précision pour les puristes: le “métal de lune” devrait être le sélénium, dont le nom vient du grec séléné, la lune).
L’or et l’argent présentent deux avantages: d’une part ils sont malléables (on peut donc aisément les travailler en bijoux ou en frapper des pièces de monnaie), et d’autre part ils sont rares (ce qui leur confère leur valeur), mais pas trop (on peut donc en amasser des quantités appréciables). C’est pourquoi l’argent, le plus abondant des deux, est vite devenu la monnaie de base des anciennes civilisations, tandis que l’or s’associait aux pierres précieuses pour créer les parures des rois et des classes dominantes.
Dans l’antiquité, les mines de Larium, en Grèce, ont longtemps alimenté les besoins en argent, puis, lorsqu’elles se sont épuisées, c’est l’Espagne qui a pris le relais. La production annuelle se stabilisait alors à un peu plus de 31 tonnes. Au Moyen Âge, la technique ne permettait d’exploiter que des mines peu profondes aux minerais riches, qui s’épuisaient relativement vite.
Avec la découverte des Amériques et surtout l’amélioration des techniques d’extraction, la production s’est régulièrement envolée. La Bolivie, d’abord, a fourni une estimation de 31.000 tonnes entre 1500 et 1800, elle a bientôt été relayée par le Mexique, puis se sont ajoutés le Pérou (94 tonnes par an) et les Etats Unis (Névada). En 1800, Les Amériques assuraient 85% de la production mondiale.
Depuis l’avènement de la chimie et le perfectionnement des traitements des minerais, les sources d’argent se sont diversifiées: il est aujourd’hui majoritairement issu du traitement des minerais de cuivre, de plomb et d’étain, dont il est un sous-produit que l’on ne néglige évidemment pas, et qui représente de nos jours les deux tiers de la production mondiale.

