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Les chroniques de Jacques Sapir

Forum de discussions générales sur l'Or. Analyse des cours de l'or, actualité économique, financière et géopolitique. Fondamentaux de l'or et des métaux précieux.

Re: Jacques Sapir sur BFM-TV...

Messagepar maraboo666 le Mar 14 Aoû 2012 08:26

Mardi 14 août : Jacques Sapir
SOURCE : sur fr.rian.ru
Le Président de la BCE, Monsieur Mario Draghi, a déclaré être prêt à « tout faire pour sauver l’Euro ». Mais, la BCE a-t-elle réellement les moyens de sauver l’Euro ?

I. Les conséquences d’une action directe de la BCE

Admettons que la BCE puisse jeter par-dessus les moulins son statut ou trouver des compromis juridiques lui permettant de racheter massivement de la dette souveraine de pays en difficulté ; ceci serait-il une solution à la crise de la zone Euro ? Regardons les montants que la BCE devrait débourser.

Pour l’Espagne, les besoins s’élèveraient à 300 milliards d’Euros d’ici à la fin de l’année. Il est cependant clair que ce qui aurait été fait pour ce pays ne pourrait être refusé à d’autres. La Grèce viendrait au guichet pour un montant estimé à 60-80 milliards. L’Italie serait aussi un « client » potentiel, avec des besoins estimés (suivant la date de l’opération) entre 500 et 700 milliards. C’est donc de 860 à 1080 milliards que la BCE devrait racheter dans un délai assez court (moins de 6 mois).

Ces sommes représentent en 3 fois et 4 fois le montant (211 milliards) des achats de titres publics déjà réalisés par la BCE depuis le début de la crise en 2010.

Les conséquences sur le bilan de la BCE e seraient importantes. On verrait apparaître de 1071 milliards (860 + 211 déjà sur le bilan) à 1291 milliards (1080 + 211 déjà sur le bilan) de titres publics. Entre le tiers et la moitié de ces titres ne seront jamais remboursés dans le cadre de défauts soit « sauvage » soit ordonnés. La BCE devra soit admettre qu’elle a fait de la création monétaire ex-nihilo ou demander aux États de la zone Euro une recapitalisation comprise entre 330 et 650 milliards.

Le problème avec la création monétaire ex-nihilo est celui de la compatibilité du fonctionnement de la BCE avec la Constitution allemande. Cette dernière interdit à la Banque Centrale de procéder à ce type de création monétaire. Il faudrait donc soit modifier la Constitution allemande (ce qui pose des problèmes politiques et risque d’échouer) soit se résoudre à cette recapitalisation.

Pourtant, une telle intervention ne règlerait en rien la crise de l’Euro. Cette crise n’est pas en réalité une crise de la dette souveraine. La crise de liquidité qui se manifeste aujourd’hui est en fait issue de la crise de compétitivité. Celle-ci est liée aux structures économiques et démographiques hétérogènes des pays de la zone, hétérogénéité qui est exacerbée par le fonctionnement quotidien de la monnaie unique. C’est cette crise de compétitivité qui déclenche les inquiétudes qui font monter les taux d’intérêts et provoque la crise de liquidité.

La permanence de la crise de compétitivité provoquerait inévitablement la réapparition de la crise de liquidité. D’ailleurs, depuis que la BCE a procédé aux premiers rachats sur le marché secondaire en mai 2010, aucun des pays qui ont bénéficié de ces opérations n’est revenu sur les marchés financiers. La politique de la BCE illustre donc une erreur majeure de diagnostic.

Parce qu’elle est présentée comme une crise de la dette, les politiques se concentrent sur la restauration des équilibres économiques. Mais, les politiques alors mises en oeuvre aggravent la situation, en plongeant les pays dans une récession, voire une dépression. Cette dernière réduit les ressources fiscales, aggravant le déficit et la dette. De plus, ces politiques accroissent considérablement le chômage.

Mais, si l’on veut s’attaquer à la racine de la crise de compétitivité, il faut mesurer ce que cela implique pour les pays, ou en matière de coûts de transfert.

II. La crise fera soit éclater l’Euro, soit éclater l’Europe

Il n’est donc pas du pouvoir de la BCE de résoudre la crise de l’Euro, et même des actions combinées avec celles des États membres n’offrent guère d’alternative.

Des politiques de baisses des coûts salariaux ont d’ores et déjà été expérimentées dans des pays de la zone Euro (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Italie) et leurs conséquences sont catastrophiques avec une contraction violente de la demande intérieure, qui provoque non seulement une forte hausse du chômage mais en sus une baisse de la productivité. Cette dernière implique alors de nouvelles mesures d’ajustement, dont les effets sur le chômage viennent se cumuler avec les premières mesures.

D’ici deux ans, il faut donc s’attendre à des taux de chômage de 52 % de la population active en Grèce, 35 % au Portugal, 32 % en Espagne et de 22 % à 25 % en France et en Italie. Ces niveaux de chômage sont les mêmes que lors de la « Grande Dépression » des années 1930.

Une autre solution, qui est cohérente avec la monnaie unique, serait d’instituer des flux de transferts depuis les pays excédentaires vers les pays déficitaires. Mais, ces montants sont tout à fait énormes. On peut les estimer à 10,8 % du PIB de l’Espagne pour le soutien à à ce dernier pays, à 13,1 % de PIB de l’Italie à 12,3 % de PIB du Portugal et à 6,1 % de PIB de la Grèce. Cette politique coûterait alors à l’Allemagne de 8% à 13 % de son PIB (en 2012) en transferts budgétaires pour les 4 pays en difficulté.

De tels montants briseraient les reins de l’économie allemande alors qu’une dissolution de l’Euro, accompagnée de dévaluations dans différents pays, ne coûterait que 2% à 2,5% du PIB à l’Allemagne. Il n’est donc pas étonnant qu’une majorité absolue des Allemands se prononce aujourd’hui contre l’Euro (51% contre et 29% pour). L’opposition politique de l’Allemagne aux mesures de transferts est donc appelée à se durcir dans les semaines à venir.

Si l’on persiste donc dans la politique actuelle, la zone Euro, et l’Europe avec elle entrera dans une récession, puis une dépression de longue durée. La comparaison avec la crise des années 1930, la « Grande Dépression » s’impose. Le poids politique et économique de l’Europe se réduira de manière considérable, et notre continent deviendra « l’homme malade du monde ». Des pays sortiront de l’Euro, les uns après les autres. Le premier sera sans doute la Grèce. Elle sera suivie par le Portugal et l’Espagne. De proche en proche, ce sont toutes les mesures constitutives de l’Union Européenne qui seront remises en cause.

Par contre, si une politique de dissolution coordonnée et concertée de la zone Euro était adoptée, elle prendrait la forme d’un acte européen. Tout en rendant possible pour les pays concernés de réaliser les ajustements nécessaires à un coût bien plus faible en termes de chômage par des dévaluations, elle permettrait de sauvegarder l’essentiel de l’Union Européenne. Cette politique offrirait la perspective, à moyen terme, de reconstituer sur des bases plus souples une forme d’intégration monétaire.

La politique défendue par Mario Draghi, en enfermant la zone Euro dans sa crise, porte en elle la menace d’un éclatement de l’Union Européenne. Pour quelques mois ou quelques années de gagnés, nous serions confrontés à une crise bien pire que celle que nous connaissons aujourd’hui.

Plusieurs économistes, dont deux Prix Nobel Joseph Stiglitz et Paul Krugman, ont affirmé que la poursuite de cette politique visant à sauver l’Euro était criminelle. Une dissolution de la zone Euro réalisée d’ici à la fin de 2012 est aujourd’hui la seule solution qui puisse éviter un désastre.
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Re: Jacques Sapir sur BFM-TV...

Messagepar iron man le Mar 14 Aoû 2012 10:35

Merci pour l'article maraboo.
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Re: Jacques Sapir sur BFM-TV...

Messagepar la tune le Mar 14 Aoû 2012 17:03

Un raisonnement qui tient la route. :shock:
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Re: Jacques Sapir sur BFM-TV...

Messagepar Libertad le Mar 14 Aoû 2012 18:28

Il est évidant que le chemin qui sera choisi, sera le pire possible pour les nations et les peuples, lorsqu'on élabore un meurtre, on ne part pas sans être certains que la victime soit belle et bien morte.
Et comme disait sarko, personne ne pourra s'y opposer :D
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Re: Jacques Sapir sur BFM-TV...

Messagepar Deskeur le Mer 15 Aoû 2012 00:15

Je pense aussi Libertad.

Je ne sais pas de ce qu'il en est réellement des chiffres qu'avance Jacques Sapir, mais si c'est vrai. Le choix le moins couteux, et le + logique semble être une dissolution de la zone.

Mais est ce qu'on peut pas imaginer aussi, que finalement, l'objectif est de faire passer la crise en douceur.

Plutot qu'un traitement de choc radical, et une coupure net, on joue un étalement sur la longueur de la crise ?

N'y a t il pas un moindre mal, à faire passer le truc comme ça, plutôt que risquer un chaos social, avec des mesures trop brutales ?

Parce que pour beaucoup de prédicateurs economiques qui dès 2010 ou fin 2011, annonçaient l'apocalypse, rien ne s'est produit. On est toujours là. On vit certes bon en mal an, tant bien que mal. Le système est sauvegardé. Une partie du peuple souffre en silence presque, tandis que le reste continue de consommer et regarder le jt de tf1 ou france 2.

Une fois de temps à autre, on dit "hey, au fait y a une crise vous êtes au courant", puis on passe aux faits de divers de la semaine. ça fonctionne, le système survie.
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Re: Jacques Sapir sur BFM-TV...

Messagepar François Pignon le Mer 15 Aoû 2012 07:35

La question étant : combien de temps le peuple peut-il souffrir en silence ? Où s'arrête la résilience des peuple ?
Pour être allé trop loin, certains y on perdu la tête et il n'y a qu'a voir ce qui se passe en afrique du nord !
Imaginez vous fonctinaire avec u salaire qui se réduit de mois en mois. A partir de quel pourcentage en mois de ce salaire vous arrêtez d'aller travailler et vous commencez à travailler au black ? Quand vous voyez vos gamins crever de faim, à quel stad vous descendez dans la rue ? Quand vous voyez vos amis de manifestations tomber sous les coups de la police, des militaires (s'il en reste), à quel moment vous prenez les armes contre l'état ?
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Re: Jacques Sapir sur BFM-TV...

Messagepar maraboo666 le Mer 15 Aoû 2012 08:14

@ François Pignon
J'avais participé à une réunion publique/conférence de Michel Drac à Paris en Avril 2012.
C'est l'une des personnalités dites de la "dissidence" qui m'a le plus impressionné par ses compétences économiques, historiques, sa rigueur de pensée et ses analyses géopolitiques...
Il avait anticipé tes questions et répondu en concluant une démonstration assez complexe sur la démographie des pays Européens, le basculement progressif du capitalisme américano-centré vers L'EST et la lente "dégringolade" du pouvoir d'achat de la classe moyenne par un trivial:
"Il faut une "masse critique" d'envron 30% de la population qui se lève le matin SANS SAVOIR COMMENT et même SI elle pourra BOUFFER le soir." ;)
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Re: Jacques Sapir sur BFM-TV...

Messagepar la tune le Mer 15 Aoû 2012 08:47

maraboo666 a écrit:@ François Pignon

"Il faut une "masse critique" d'envron 30% de la population qui se lève le matin SANS SAVOIR COMMENT et même SI elle pourra BOUFFER le soir." ;)


C'est pour celà qu'il existe un tel niveau de dispositifs de redistribution en France, pour qu'il y ait un minimum de gens qui n'ont plus de quoi bouffer.
A ceux qui voudraient supprimer cette aide sociale, sous toutes ses formes, on ne peut qu'attirer leur attention sur ce qui se passerait pour leurs propres biens et leur intégrité physique si celà disparaissait. :?: :o
:idea:
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Re: Jacques Sapir sur BFM-TV...

Messagepar Stephane le Mer 15 Aoû 2012 15:25

Deskeur a écrit:Je ne sais pas de ce qu'il en est réellement des chiffres qu'avance Jacques Sapir, mais si c'est vrai. Le choix le moins couteux, et le + logique semble être une dissolution de la zone.

Sans remettre en cause d'une quelconque manière l'intérêt ni la pertinence du calcul de J. Sapir, on peut aussi penser que les décisions prises par les acteurs ne sont pas toujours les plus rationnelles (sinon la France et la Grèce seraient sorties depuis belle lurette de l'Euro). On peut aussi penser qu'entrent en concurrence plusieurs champs de rationalité distincts, certains n'obéissant pas à des schémas de récompense aussi facilement quantifiables que par la logique économique (récompenses symboliques par exemple).
C'est un peu l'éternel débat entre sociologues et économistes.

D'autre part, sans nier l'importance et même la prédominance de la rationalité économique dans les process de décision, il faut avoir à l'esprit que même pour analyser des décisions à une échelle nationale, les acteurs de ces décisions sont de moins en moins "nationaux" justement, et de plus en plus "fédérés" ou mondialisés.
L'existence même de l'UE peut sur ce plan créer des distorsions nouvelles, rendant plus complexes les stratégies des différents acteurs impliqués.

Il faut aussi tenir compte des échelles de temps différentes des acteurs. Ainsi, l'attitude du "Après moi le Déluge" consistant à simplement acheter du temps peut aussi être interprêtée comme une revanche tout à fait imprévue des "politiques" (élus ou technocrates) sur les financiers.
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Re: Jacques Sapir sur BFM-TV...

Messagepar iron man le Mer 15 Aoû 2012 15:37

Alors je pense que l'on en a perdu deux ou trois sur ce message Stéphane, dont moi. :)
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