Extrait du livre d' Antal Fekete : Le retour au standard orChapitre 7 : Comprendre la relation entre le déport de l'or et son approvisionnement.Le 2 décembre 2008, l'or est entré en "backwardation"
C'est le signe de la fin.Le 2 décembre 2008, a marqué un tournant majeur dans la saga de l'effondrement du système monétaire international.
Pourtant, la presse n'a pas jugé utile de le rapporter : pour la première fois dans l'Histoire, le prix de l'or s'est retrouvé en déport, ou backwardation.
Le 2 décembre 2008, au COMEX de NewYork, le prix du futur de l'or (marché à terme 31 décembre 2008) était coté au rabais, moins de 1.98% par rapport au cours du jour, le prix dit spot, ou comptant. Le prix pour livraison le 27 février 2009 était moins chère de 0.14% par rapport au cours du 2 décembre (tous les pourcentages sont annualisés). La situation a empiré le 3 décembre, lorsque les chiffres respectifs ont été de 2% et de 0.29%.
Cela signifie que la base de l'or était devenue négative, et que l'état du déport (ou backwardation), a persisté pendant au moins 48 heures. J'écris ces lignes aux petites heures du 4 décembre, alors que la négociation des contrats d'or à terme n'a pas encore commencé à New York.
Selon le rapport de livraison du COMEX daté du 3 décembre, il y a 11 759 avis de livraison. Cela représente donc 1 175 900 onces d'or, alors que les entrepôts certifiés du COMEX en détiennent 2 900 000. Ainsi, 40% de ce montant total devra être livré au 31 décembre 2008.
Sachant que tout l'or des entrepôts n'est pas disponible pour livraison, l'approvisionnement du COMEX en or est, au rythme actuel, très loin de satisfaire la demande. En fait, les marchés à terme de l'or se désagrègent. Et l'or papier (certificats de possession de lingots d'or, ou ETF's) est progressivement discrédité.
On avait déjà observé un léger déport de l'or à l'expiration d'un contrat actif du mois précédent, mais il n'a jamais débordé sur le moi actif suivant, comme maintenant : la backwardation (ou déport) dans le contrat de décembre déborde sur le contrat de février, qui, à la dernière lecture, affichait 0.36%.
L'argent métal aussi est en situation de déport, avec des rabais sur les contrats futures deux fois plus importants que sur l'or.
La base or est une mesure parfaite, et incorruptible, de la confiance, ou de l'absence de celle-ci dans l'argent papier, quand elle devient négative.
Bien sur, il est trop tôt pour dire si l'or est parti dans un déport permanent, ou si cet état sera corrigé. Quoi qu'il en soit, cela n'a aucune importance. Le simple fait que cela est eut lieu représente le coup de grâce pour le régime de la monnaie papier.
Très peu de gens réalisent vraiment ce qu'il se passe et, bien sur, ce ne seront pas les sources officielles, ni les médias qui vont leur expliquer la signification de tout cela.
L'or en déport permanent signifie tout simplement qu'il n'est plus à vendre, peu importe qu'il soit coté en dollars, yens, euros, ou francs suisse.
La situation a été la même pendant des années ; l'or n'est pas à vendre, quel que soit le prix coté en devise du Zimbabwe, et peu importe à quelle hauteur il se trouve.
Pour le formuler autrement, toutes les offres de ventes d'or sont retirées, qu'il s'agisse d'or nouvellement miné, d'or de ferraille, de lingots d'or, ou de pièces d'or. J'ai baptisé cet événement, qui a jeté son ombre sur de nombreuses années à venir, le DERNIER Contango de Washington, contango étant le terme technique contraire du déport (à savoir celle d'une base positive), sachant que Washington est la ville où se trouve le moulin à billets de la Réserve Fédérale, précisément sur les rives du Potomac. C'est une manière ironique de dire que le jeu de Washington est terminé. La musique s'est arrêtée sur les joueurs de chaises musicales.
Ceux qui n'ont pas d'or entre les mains n'ont pas de chance. Ils n'en trouveront pas avec les canaux réguliers. S'ils en veulent vraiment, ils seront contraint d'aller l'acheter sur le marché noir.
J'ai fondé le Gold Standard University Live (GSUL) voici deux ans, et l'ai dédié à la recherche sur les questions monétaires qui sont ostensiblement ignorées par les universitaires, les think-tanks gouvernementaux et la presse financière, tous fixés sur la question de la viabilité à long terme du régime de devises papiers.
Les expériences historiques avec l'argent papier ont été très nombreuses, mais toutes, sans aucune exception, se sont soldées par un échec, et dans l'ignominie, accompagnées de beaucoup de souffrances économiques, sauf quand l'expérience a été annulée suffisamment à temps et quand les autorités sont retournées à la rectitude monétaire, c'est à dire la monnaie métallique.
Il est également intéressant de souligner que l'expérience actuelle avec la monnaie papier est unique en son genre, et cela dans tout les pays du monde qui y participent. Pas un seul ne dispose d'une norme monétaire métallique, en vertu de laquelle le Trésor et la Banque centrale sont soumis au même lois et aux mêmes contrats que les citoyens ordinaires.
Ils ne peuvent pas émettre des promesses non convertibles de payer et de les maintenir dans le circuit monétaire par le biais d'une sorte de complot, plus connu sous le nom de "cavalerie".
Dans tout les épisodes précédents de la monnaie papier, certains pays n'avaient pas écouté le chant des sirènes et étaient restés sur l'étalon or.
Ils auraient pu aider les pays déviants, limitant ainsi la douleur économique. Mais aujourd'hui, il n'en reste pas un seul. Si vous voulez être sauvé, alors vous devez être prêt à vous sauver vous même.
Vous ne pouvez pas comprendre le processus par lequel un système de monnaie papier s'auto détruit sans comprendre la base de l'or et de l'argent.
La théorie quantitative de la monnaie ne fournit pas d’explications, parce que la déflation pourrait précéder l'hyperinflation, comme cela semble être le cas actuellement. Pour ces raisons, j'ai placé l'étude de l'or et de l'argent au sommet de la liste des sujets de recherche de la Gold Standard University.
Les deux bases pourraient servir de système d'alertes précoce pour signaler le début de la fin. Celle-ci approche avec la même certitude que l'apogée d'une tragédie grecque où les héros et héroïnes sont fatalement amenés à leur propre destruction.
La base or est la différence entre le prix à terme de l'or et son prix au comptant. Plus précisément, il s'agit du prix d'un contrat à terme moins le prix payé comptant sur le marché spot.
Historiquement, cela a été positif depuis que les opérations à terme ont commencé en 1972 sur la Winnipeg Commodity Exchange, et cela à l'exception de quelques rares accrocs à la dernière heure. De telles déviations ont été appelées "logistiques" dans leur nature, en rapport avec l'expiration simultanée des contrats à terme et d'autres contrats d'options et d'achat. Dans tous les cas, l'anomalie d'une base négative de l'or s'est résolue d'elle même en seulement quelques heures.
Sur les marchés à terme, le jargon technique pour désigner une base positive sur l'or est "Contangon". Le déport ou backwardition désignent une valeur négative.
Le contango implique l'existence d'un approvisionnement dans des entrepôts où les lingots sont disponibles pour livraison immédiate.
La backwardition implique donc des pénuries et évoque le grattage des fonds de tiroir.
La base est limitée à la hausse par les frais financiers, mais il n'y a aucune limite à la baisse, car elle peut tomber à n'importe quelle valeur négative (ce qui signifie que le prix à payer au comptant peut dépasser le prix à terme de toute somme, aucune limite). Il y a le contango quand le prix à terme est supérieur au prix au comptant ; c'est la condition normale du marché de l'or, et cela pour une très bonne raison :
- La fourniture d'or monétaire dans le monde est, restons relatif, très grande. Raconter des âneries sur la rareté de l'or reflète l'opinion des gens non informés, ou mal informés.
En termes de ratio, des stocks aux flux d'or, celui de l'or est de loin supérieur à celui de n'importe quelle matière première.
L'argent métal arrive en second derrière l'or. Ce sont ces deux points qui rendent ces deux métaux les seuls monétaires. En effet, l'impact sur le prix de l'or de la découverte d'une nouvelle mine d'or très riche, ou bien la mise en service d'une mine tout aussi riche, est minime en raison des volumes des stocks existants.
Paradoxalement, ce qui rend l'or précieux n'est pas sa rareté mais justement son abondance relative qui justifie la superbe confiance dans la stabilité de sa valeur, et qui ne sera pas diminuée par une année de production minière forte, ni augmentée par un fort retrait de la circulation de pièces d'or.
Pour ces raisons, il n'existe pas de meilleur régulateur de la monnaie que l'or. Et c'est la même chose, quoique dans une moindre mesure pour l'argent métal.
Voici la différence fondamentale entre l'or monétaire et les autres métaux. Le déport va tirer sur les stocks d'or : les gens iront en chercher même sur la Lune s'il le fallait.
Le remède pour le déport de n'importe quelle matière première est : encore plus de déport. Mais pour l'or, il n'existe aucun remède.
Le déport de l'or est toujours, et partout, un phénomène purement monétaire : c'est un rappel de l'incurable pathologie du papier monnaie.
Il dramatise la désintégration de la monnaie papier.
Comme la confiance dans la monnaie fiduciaire est une chose très fragile, cela ne peut que s'aggraver. Une fois ancré, le déport de l'or ou backwardition signifie que le cancer touchant le dollar a atteint le stade final. Le processus de la confiance s'évaporant progressivement du dollar ne peut désormais plus être arrêté.
La base négative signifie aussi que les gens qui contrôlent l'offre de l'or monétaire ne peuvent plus être convaincu de s'en séparer, peu importe le prix proposé.
Ces gens ne sont pas des spéculateurs. Ils ne sont ni des Picsous, ni des Skylock. Ce sont juste des hommes d'affaires intelligents, avec une tendance conservatrice.
Ils sont déterminés à préserver leur capital contre vents et marées, et à attendre des temps plus calmes pour le ressortir, sous un gouvernement saint et un système monétaire sain.
Leur instrument est la propriété d'or monétaire. Ils ignorent allégrement le chant des sirènes leur promettant des profits sans risques. En effet, ils pourraient vendre
leur or sur le marché spot, et le racheter avec un rabais sur le marché à terme avec livraison 30 jours plus tard. Avec n'importe quelle autre matière première, les traders
auraient sauté sur l'occasion, l'attrait d'un profit sans risque étant irrésistible. Mais pas dans le cas précis de l'or. Les possesseurs refusent de quitter leur cadre or,
si appétissant que soit l'appât.
Et pourquoi ? Et bien, parce qu'ils pensent que l'or physique ne sera plus là le jour de la livraison, soit 30 jours plus tard. En aucun cas, ils ne veulent être coincés avec de l'or papier (ou certificat papier de possession de lingots), qui est totalement inutile dans le cadre d'une préservation de capital.
Le 2 décembre 2008 est donc un jour historique parce que, avant cette date, le système monétaire aurait pu être sauvé par l'ouverture de l'US Mint à l'or. Maintenant, avec le déport de l'or, il est trop tard. La dernière chance d'éviter le désastre a été ratée. Ce fut la goutte d'eau qui a fait débordé le vase.
On m'a souvent dit que l'US Mint était déjà ouvert à l'or, la preuve, l'émission des pièces d'or Eale et autre Buffalo. Mais ces émissions n'étaient ni illimitées, ni fabriquées sans
taxe de seigneuriage. Ces pièces ont été vendues avec une prime, bien plus cher qu'un lingot. Elles n'étaient qu'un leurre, destiné à faire croire aux gens que les pièces d'or
pouvaient toujours être obtenues que ce soit à la monnaie américaine ou celle d'autres pays.
Toutefois, comme le montrent ces derniers moi, l'un après l'autre, ils ont cessé de prendre des commandes de pièces d'or et ont suspendu leurs opérations or. La raison ?
Leur approvisionnement en or était devenu erratique. Et il peut se tarir complétement à n'importe quel moment.
Cela nous montre que ce phénomène a bel et bien été annoncé par le déport de l'or, et cela avant l’événement. Si les gouvernements des grandes nations exportatrices avaient vraiment voulu sauver le monde d'un effondrement catastrophique du commerce mondial, alors ils auraient du ouvrir leurs émissions de monnaie à la frappe de pièces d'or.
Mais maintenant le déport de l'or nous a rattrapés, et il a stoppé l'approvisionnement facile d'or dans le système. Cela aura des conséquences catastrophiques ; car peu de gens réalisent que la fermeture du marché de l'or (ce qui se passe en ce moment) signifie aussi la fermeture du commerce mondial. C'est un séisme financier de 10 sur l'échelle
de Greenspann, avec comme épicentre le Comex de New York où les tours jumelles du World Trade Center se dressaient autrefois.
Il n'est pas exagérer de dire que cet événement va déclencher un tsunami qui va anéantir la prospérité du monde.
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