Perso, moi je trouve ça curieux que l'on comptabilise pas la dette hors bilan dans le ratio dette sur PIB.
Dans ces cas là, la France frôle les 160-170% du PIB.
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La victoire de Syriza est un espoir et une opportunité immense pour la gauche radicale et le mouvement ouvrier européen. On peut le dire aussi de façon inverse, un échec aurait des conséquences incalculables.
Quelques rapides commentaires sur les premières difficultés et problèmes. Tout d’abord, Syriza a frôlé mais en fin de compte échoué à obtenir la majorité absolue. Son résultat final (36,3%) s’est situé dans la fourchette basse de ce qu’annonçaient les sondages sortie des urnes, celui de la Nouvelle Démocratie dans la fourchette haute. D’où un certain retournement d’ambiance dans le local de campagne et devant les Propiléa hier. Par ailleurs, pour avoir vécu beaucoup de soirées électorales dans le centre ville d’Athènes, je dois dire que celle-ci a mobilisé assez peu de monde comparée aux soirs de victoire du Pasok dans les années 1980-1990.
Même si les 8,5% d’écart avec la ND sont un résultat important, il faut rendre compte des raisons de cette dynamique de moindre ampleur qu’espérée. Les résultats laissent voire une tendance frappante : si, au niveau national, Syriza progresse de près de 10 points par rapport à juin 2012, ou aux européennes, sa progression est nettement moindre dans les grandes centres urbains (avant tout Athènes et Thessalonique), de l’ordre de six points. Ainsi, alors qu’en juin 2012, mis à part le département de Xanthi (où il avait bénéficié de l’appui massif de la minorité turcophone), son meilleur résultat était dans la très ouvrière et emblématique pour la « gauche rouge » 2e circonscription du Pirée, cette fois ce sont sept départements (dont d’anciens bastions du Pasok, notamment en Crète et dans le nord du Péloponèse) qui surclassent la ceinture industrielle du Pirée (où il passe quand même de 37 à 42%).
La poussée de Syriza s’est donc avant tout effectuée dans les zones rurales et semi-urbaines ainsi que dans les moyennes villes de province, dans une Grèce plus conservatrice et « légitimiste » dans son comportement politique. Son influence est maintenant plus homogène dans le pays, il apparaît comme un « parti de gouvernement » légitime, mais il lui a manqué cette dynamique qui aurait creusé l’écart dans les grandes villes et permis d’arracher les sièges manquant dans les méga-circonscriptions d’Athènes et de Thessalonique. Son profil électoral est désormais celui d’un parti plus « transclasse », sans les « aspérités » de 2012, moins nettement ancré dans les salariat des grandes centres urbains, même si son influence se situe à un très haut niveau et qu’il y obtient la plus grande part des ses voix. Ce fait est sans doute à mettre en parallèle avec le fait que le KKE enregistre une progression, certes limitée (+1% par rapport à juin 2012), ainsi qu’Antarsya (qui passe de 0,33 à 0,64%), progression qui concerne essentiellement les grands centres urbains. Syriza a donc bien subi des pertes « sur sa gauche », pour une modeste part, et, surtout, n’a pas su mobiliser d’importantes réserves parmi les abstentionnistes (le taux de participation national reste modeste, de l’ordre de 64%).
Le nouveau gouvernement, dont la composition n’est pas connue à l’heure où j’écris ces lignes, se trouvera confronté à des difficultés proprement hallucinantes. Les caisses sont vides, plus que prévu, les recettes de l’Etat s’effondrent. Il apparaitra très vite que le financement prévu du « programme de Thessalonique » reposaient sur des estimations largement surévaluées, ou fausses, dont le but était de laisser croire qu’il était réalisable en réorientant (pour moitié) des crédits européens (qui sont fléchés, pour une part déjà attribués et dont le versement dépend de toute façon du bon vouloir de l’UE), et pour l’autre moitié par une meilleure collecte de recettes fiscales, sans réforme de la fiscalité et sans avoir recours à des déficits. L’orientation stratégique du gouvernement par rapport à l’UE reste également floue. Tsipras hier soir a voulu rassurer l’UE et les marchés, il a parlé de « dialogue sincère » et de « solution mutuellement avantageuse ». Le mot « dette » n’a pas été prononcé.
J’ai entendu hier avec sidération des camarades me faire l’éloge de Draghi, en le présentant comme un grand adversaire de Merkel et de Schauble et quasiment comme un allié de Syriza. Aujourd’hui le seul dirigeant européen dont le visage souriant orne la « une » du site officiel du parti left.gr est celui de M. Schulz, qui se propose de rencontrer Tsipras immédiatement. Il semble que des cercles du parti soient arrivés à se persuader eux-mêmes de la validité de slogans de campagne du type l’ « Europe change », au sens de l’ « UE est prête à un compromis honorable avec nous ». Mais la perspective qui se dessine de ce côté est, dans le meilleur des cas, celle de contourner le Troïka pour « négocier » (ah, ce mot « magique » !!) directement avec les institutions de l’UE une version adoucie à la marge des Mémorandums. Last but not least, M. Kammenos et son parti de droite souverainiste ANEL, qui sont sont certes un moindre mal comparé à des formations de type Potami, dont l’objectif affiché était de forcer Syriza de se mouvoir dans le strict cadre fixé par l’UE et les mémorandums. Néanmoins c’est un mal. Sa participation au gouvernement, fut-ce avec un seul ministère, signe la fin symbolique de l’idée du gouvernement de la « gauche anti-austérité ». Par ailleurs c’est un parti de droite, soucieux notamment de protéger le « noyau dur » de l’ appareil d’Etat (il faudra suivre avec attention le portefeuille qui lui sera attribué). Nul hasard si ses premières demandes étaient le ministère de la défense ou de l’ordre public. Il semble néanamoins qu’il ne les obtienne pas.
La marge de manoeuvre est donc étroite mais les ambigüités n’ont qu’un temps. La société reste pour l’instant passive, mais les attentes sont très concrètes et très fortes. Une tâche redoutable attend les forces qui sont conscientes des dangers et déterminées à défendre les points clé du programme de rupture avec l’austérité qui est celui de Syriza. Plus que jamais il deviendra clair qu’entre la confrontation et le reniement l’espace est proprement inexistant. Le moment de vérité est imminent.

Lui aussi semble avoir quelques doutes sur la capacité de Syriza à "renverser la table"...
Comme prévu, annoncé, promu et organisé par l’oligarchie, le parti « Syriza » est arrivé en tête des élections législatives qui se sont tenues en Grèce le 25 janvier 2015. L’affaire a été rondement menée puisque, moins de 20 heures après la fin du scrutin, le dirigeant de Syriza, Alexis Tsipras, a déjà prêté serment comme nouveau Premier ministre grec.
Cette victoire ne peut surprendre que ceux qui n’avaient pas remarqué l’écrasante promotion médiatique – en Grèce et à l’étranger – que tous les grands médias euro-atlantistes ont généreusement accordée, depuis des mois, à cette gauche prétendument « radicale » et « anti-austérité ».
La nomination de M. Tsipras à la tête du gouvernement d’Athènes a de quoi faire pleurer de rire les organisateurs de cette manipulation, qui sont encore parvenus, par le matraquage médiatique, à faire prendre aux électeurs grecs des vessies pour des lanternes.
L’UPR rappelle en effet que le dirigeant de Syriza ne propose absolument pas aux Grecs, ni de sortir de l’UE ni de sortir de l’euro, et ne propose donc aucune issue crédible à la mise en coupe réglée de la Grèce qui découle des contraintes des traités européens et des exigences de la BCE.
M. Tsipras a bien au contraire donné tous les gages nécessaires à l’oligarchie euro-atlantiste pour l’assurer du caractère totalement inoffensif de ses slogans :
il a par exemple assuré, dans un entretien avec la télévision américaine CNBC du 8 mai 2012 : « Nous ne voulons pas de l’austérité, mais nous voulons de l’Euro et de l’Union Européenne » .
Il a enfoncé le clou en déclarant au journal allemand Die Zeit, en octobre 2012, que « la fin de l’euro, ce serait la fin de l’idée européenne : nous devons les défendre, peu importe le prix ».
Il s’est rendu aux États-Unis en janvier 2013 pour y être reçu avec tous les honneurs, le 22 janvier, par la Brookings Institution, dont les principaux financiers sont les Fondations Ford, Mac Arthur et Bill Gates, Bank of America, ExxonMobil, ainsi que les gouvernements des États-Unis, du Royaume-Uni, du Japon, du Qatar. Devant le public ainsi réuni à Washington, le chef de Syriza a conclu sa présentation en lançant « J’espère vous avoir convaincu que je ne suis pas aussi dangereux que certains le pensent ».
Selon certaines sources, ce voyage aurait été entièrement pris en charge par le milliardaire George Soros.
Il a profité de ce séjour outre-Atlantique pour aller subir les interrogatoires du FMI et du Département d’État américain, auxquels il a montré patte blanche.
Il a « muselé les anti-euro de Syriza (environ 30 % du parti) et a imposé une ligne officielle pro-euro » : .
L’UPR constate donc, sans surprise mais avec tristesse, que les Grecs viennent d’être victimes des habituelles manipulations médiatiques que les forces euro-atlantistes imposent à chaque élection, afin de déjouer toute remise en cause réelle de leur dictature.
Dans chaque pays d’Europe, des politiciens combinards et retors sont présentés aux électeurs, par les médias les plus importants tous à l’unisson, comme étant des opposants « radicaux » aux politiques imposées par l’Union européenne, alors qu’il ne s’agit que de banals leurres « alter-européistes », champions du double-discours, chargés de neutraliser la colère des peuples en leur faisant miroiter de fausses solutions.
De nombreux électeurs grecs viennent ainsi de croire que M. Tsipras allait leur permettre de rester dans l’euro tout en échappant à l’austérité, au chômage et à la pauvreté de masse.
De nombreux électeurs français avaient été dupés de la même façon lorsqu’ils avaient porté au pouvoir :
Lionel Jospin en 1997 parce qu’il leur avait promis qu’il renégocierait les critères du traité de Maastricht…
Nicolas Sarkozy en 2007 parce qu’il leur avait promis qu’il allait faire baisser le chômage et la dette publique…
François Hollande en 2012 parce qu’il leur avait promis de renégocier le TSCG signé par Nicolas Sarkozy et leur avait assuré que « Mon ennemi, c’est la finance »….
C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner que les médias et les partis politiques français ont accueilli avec déférence et empressement la victoire de M. Tsipras, décrit comme la nouvelle terreur qui va faire trembler l’Union européenne.
L’UPR note que le Front de Gauche et le FN ont tout spécialement manifesté leur soutien à Syriza (en gardant délibérément le silence sur les partis politiques grecs – qui existent pourtant bel et bien – demandant la sortie unilatérale de la Grèce de l’Union européenne et de l’euro). Entre leurres français et grecs, on se comprend et on se soutient.
Quoi qu’il en soit, les mois qui viennent seront l’occasion, pour le peuple grec, de découvrir l’ampleur de l’escroquerie politique dont ils viennent de nouveau d’être les victimes.
Lorsque les flonflons du cirque médiatique se seront éteints, ils se rendront compte que l’élection de M. Tsipras :
ne modifie pas le moindre article des traités TUE et TFUE,
n’infléchit pas la moindre décision de la Commission européenne et de la BCE,
ne change pas d’un iota la politique économique et monétaire voulue par les gouvernements de l’Allemagne, de la Finlande, des Pays-Bas et du Luxembourg,
ne remédie en rien à la totale inadéquation de l’économie, du tissu industriel, et du corps social grecs à l’euro,
n’arrête en rien la diplomatie guerrière que Washington impose à l’UE vis-à-vis de la Russie et du reste du monde.

Stephane a écrit:En complément de l'article de Lordon (brillant comme d'habitude), voici une analyse faite au lendemain de l'élection par Stathis Kouvelakis, philosophe et économiste membre de Syriza.
Lui aussi semble avoir quelques doutes sur la capacité de Syriza à "renverser la table"...La victoire de Syriza est un espoir et une opportunité immense pour la gauche radicale et le mouvement ouvrier européen. On peut le dire aussi de façon inverse, un échec aurait des conséquences incalculables.
Quelques rapides commentaires sur les premières difficultés et problèmes. Tout d’abord, Syriza a frôlé mais en fin de compte échoué à obtenir la majorité absolue. Son résultat final (36,3%) s’est situé dans la fourchette basse de ce qu’annonçaient les sondages sortie des urnes, celui de la Nouvelle Démocratie dans la fourchette haute. D’où un certain retournement d’ambiance dans le local de campagne et devant les Propiléa hier. Par ailleurs, pour avoir vécu beaucoup de soirées électorales dans le centre ville d’Athènes, je dois dire que celle-ci a mobilisé assez peu de monde comparée aux soirs de victoire du Pasok dans les années 1980-1990.
Même si les 8,5% d’écart avec la ND sont un résultat important, il faut rendre compte des raisons de cette dynamique de moindre ampleur qu’espérée. Les résultats laissent voire une tendance frappante : si, au niveau national, Syriza progresse de près de 10 points par rapport à juin 2012, ou aux européennes, sa progression est nettement moindre dans les grandes centres urbains (avant tout Athènes et Thessalonique), de l’ordre de six points. Ainsi, alors qu’en juin 2012, mis à part le département de Xanthi (où il avait bénéficié de l’appui massif de la minorité turcophone), son meilleur résultat était dans la très ouvrière et emblématique pour la « gauche rouge » 2e circonscription du Pirée, cette fois ce sont sept départements (dont d’anciens bastions du Pasok, notamment en Crète et dans le nord du Péloponèse) qui surclassent la ceinture industrielle du Pirée (où il passe quand même de 37 à 42%).
La poussée de Syriza s’est donc avant tout effectuée dans les zones rurales et semi-urbaines ainsi que dans les moyennes villes de province, dans une Grèce plus conservatrice et « légitimiste » dans son comportement politique. Son influence est maintenant plus homogène dans le pays, il apparaît comme un « parti de gouvernement » légitime, mais il lui a manqué cette dynamique qui aurait creusé l’écart dans les grandes villes et permis d’arracher les sièges manquant dans les méga-circonscriptions d’Athènes et de Thessalonique. Son profil électoral est désormais celui d’un parti plus « transclasse », sans les « aspérités » de 2012, moins nettement ancré dans les salariat des grandes centres urbains, même si son influence se situe à un très haut niveau et qu’il y obtient la plus grande part des ses voix. Ce fait est sans doute à mettre en parallèle avec le fait que le KKE enregistre une progression, certes limitée (+1% par rapport à juin 2012), ainsi qu’Antarsya (qui passe de 0,33 à 0,64%), progression qui concerne essentiellement les grands centres urbains. Syriza a donc bien subi des pertes « sur sa gauche », pour une modeste part, et, surtout, n’a pas su mobiliser d’importantes réserves parmi les abstentionnistes (le taux de participation national reste modeste, de l’ordre de 64%).
Le nouveau gouvernement, dont la composition n’est pas connue à l’heure où j’écris ces lignes, se trouvera confronté à des difficultés proprement hallucinantes. Les caisses sont vides, plus que prévu, les recettes de l’Etat s’effondrent. Il apparaitra très vite que le financement prévu du « programme de Thessalonique » reposaient sur des estimations largement surévaluées, ou fausses, dont le but était de laisser croire qu’il était réalisable en réorientant (pour moitié) des crédits européens (qui sont fléchés, pour une part déjà attribués et dont le versement dépend de toute façon du bon vouloir de l’UE), et pour l’autre moitié par une meilleure collecte de recettes fiscales, sans réforme de la fiscalité et sans avoir recours à des déficits. L’orientation stratégique du gouvernement par rapport à l’UE reste également floue. Tsipras hier soir a voulu rassurer l’UE et les marchés, il a parlé de « dialogue sincère » et de « solution mutuellement avantageuse ». Le mot « dette » n’a pas été prononcé.
J’ai entendu hier avec sidération des camarades me faire l’éloge de Draghi, en le présentant comme un grand adversaire de Merkel et de Schauble et quasiment comme un allié de Syriza. Aujourd’hui le seul dirigeant européen dont le visage souriant orne la « une » du site officiel du parti left.gr est celui de M. Schulz, qui se propose de rencontrer Tsipras immédiatement. Il semble que des cercles du parti soient arrivés à se persuader eux-mêmes de la validité de slogans de campagne du type l’ « Europe change », au sens de l’ « UE est prête à un compromis honorable avec nous ». Mais la perspective qui se dessine de ce côté est, dans le meilleur des cas, celle de contourner le Troïka pour « négocier » (ah, ce mot « magique » !!) directement avec les institutions de l’UE une version adoucie à la marge des Mémorandums. Last but not least, M. Kammenos et son parti de droite souverainiste ANEL, qui sont sont certes un moindre mal comparé à des formations de type Potami, dont l’objectif affiché était de forcer Syriza de se mouvoir dans le strict cadre fixé par l’UE et les mémorandums. Néanmoins c’est un mal. Sa participation au gouvernement, fut-ce avec un seul ministère, signe la fin symbolique de l’idée du gouvernement de la « gauche anti-austérité ». Par ailleurs c’est un parti de droite, soucieux notamment de protéger le « noyau dur » de l’ appareil d’Etat (il faudra suivre avec attention le portefeuille qui lui sera attribué). Nul hasard si ses premières demandes étaient le ministère de la défense ou de l’ordre public. Il semble néanamoins qu’il ne les obtienne pas.
La marge de manoeuvre est donc étroite mais les ambigüités n’ont qu’un temps. La société reste pour l’instant passive, mais les attentes sont très concrètes et très fortes. Une tâche redoutable attend les forces qui sont conscientes des dangers et déterminées à défendre les points clé du programme de rupture avec l’austérité qui est celui de Syriza. Plus que jamais il deviendra clair qu’entre la confrontation et le reniement l’espace est proprement inexistant. Le moment de vérité est imminent.
Tout gouvernement voulant rompre avec les politiques d’austérité, comme Syriza l’a promis, devra engager un bras de fer avec les institutions européennes et assumer un rapport de force au sein de l’Union. Il s’agit d’obtenir à court terme un allégement substantiel de la dette publique et un ballon d’oxygène monétaire pour la Grèce. Si les négociations déclenchées par Syriza ne débouchent pas, ce qui est fort probable dans un premier temps, la Grèce devra se donner les moyens de désobéir aux règles européennes afin de prendre les mesures unilatérales nécessaires pour améliorer rapidement la vie de sa population.
La politique monétaire, qui jouera un rôle décisif, est un bon exemple pour illustrer cette approche. Syriza refuse à juste titre une sortie de l’euro, qui aggraverait la guerre économique en Europe. Mais cela ne signifie pas qu’il faille accepter de rester pieds et poings liés par les règles et pratiques actuelles de la zone euro, calibrées pour garantir l’emprise des marchés financiers. Un établissement financier public, créé ou pas à cet effet, pourrait demander tout à fait légalement (article 123-2 du Traité de Lisbonne) un prêt auprès de la Banque centrale européenne afin de financer les investissements publics nécessaires pour remettre le pays en état de marche sans passer par les banques privées.
Le changement politique en Grèce peut déclencher cette crise salutaire.
Mais tout dépendra de la capacité des citoyen(ne)s de l’Union européenne à se mobiliser pour empêcher que la Grèce soit étouffée. Il ne s’agit pas simplement de solidarité avec le peuple grec, mais du fait que notre sort se joue aussi en Grèce. La montée de l’extrême droite en Europe se nourrit de la guerre sociale menée pour appliquer les politiques néolibérales. Le choix n’est pas entre les politiques actuelles ou le repli nationaliste et xénophobe : pour sauver l’Europe il faut ouvrir d’autres voies. Il est de notre responsabilité de citoyens européens de les défricher avec nos amis grecs.

taupe91 a écrit:Enorme quand même le salaire minimum qui passera de 751 au lieu de 586€ !
Si on pouvait avoir des augmentations pareilles en France ça serait bien ...

Monsieur Lafazanis, est-ce que vous pensez que la victoire possible de Syriza aux élections de dimanche peut changer le modus vivendi avec les bailleurs de fonds? De nombreux cadres de Syriza soutiennent que Berlin va entendre le message du scrutin si c’est un message retentissant. Ce message à lui seul serait-il suffisant pour changer le rapport de force?
Panagiotis Lafazanis: Si le peuple grec, par son vote et par le biais de Syriza, déclare un grand «non» à la troïka et aux mémorandums et un retentissant «oui» à l’annulation de la plus grande partie de la dette souveraine, dès lundi personne en Europe ne pourra ignorer cette nouvelle réalité. Je n’ai pas d’illusions, mais une grande victoire de Syriza va créer un environnement différent et tout à fait nouveau non seulement en Grèce, mais aussi dans toute l’Europe.
Oui, si Syriza l’emporte aux élections de manière triomphale, cela pourrait déclencher de grandes réorientations et de grands changements dans les pays européens qui peuvent faire boule de neige et créer un effet domino. Et des surprises positives nous attendent.
Vous avez parlé publiquement de «la dictature» de l’euro tandis que dans vos articles on trouve maintes références eurosceptiques. Pensez-vous que la Grèce devra réexaminer sa participation à la zone euro et cela devrait-il avoir lieu par le biais d’un référendum?
Syriza n’a pas comme choix la sortie de l’euro. Pourtant, la zone euro et l’Union européenne ne cessent d’aller du mauvais vers le pire. Et elles sont devenues la région la plus problématique du capitalisme au monde. Il nous faut de grands changements dans la zone euro et dans l’Union européenne. L’Europe doit s’arrêter d’être l’Europe du capital financier, des divergences abyssales et de la domination de l’Allemagne. Un renversement de progrès en Grèce pourra contribuer à ce changement et constituer une opportunité positive pour notre continent et pour un avenir différent. La Grèce a beau être un petit pays, elle dispose d’une «charge» historique et culturelle immense ainsi que d’une position géopolitique névralgique dans la région la plus critique du monde (à l’intersection de trois continents). La Grèce peut faire l’objet d’une expérimentation positive qui ouvrira de nouveaux horizons pour toute l’Europe.
Pensez-vous qu’un gouvernement Syriza devrait articuler des propositions maximalistes par rapport à la question de la dette, soulever la question de son annulation globale? Quelle serait la solution la plus appropriée?
Je dirais que la position de Syriza concernant l’annulation de la plus grande part de la dette n’est pas du tout «maximaliste». Cette position est le résultat non pas «d’obsessions idéologiques», mais d’un besoin de survie du pays et du peuple. Elle constitue une précondition pour donner une bouffée d’air à la population et initier une sortie du tunnel de la debtocratie. Un gouvernement Syriza doit revendiquer avec force et jusqu’au bout cette position, laquelle en ce moment l’emporte comme argument parmi les économistes les plus sérieux à l’échelle internationale. L’argument qu’on lui oppose, c’est-à-dire que la dette souveraine grecque concerne des Etats parmi lesquels il y en a des plus pauvres que la Grèce, ne tient pas, puisqu’une «décote» profonde de la dette souveraine grecque constituerait nécessairement le premier acte pour une décote plus générale dans la zone euro et l’Union européenne, quelque chose qui aurait des effets de relance, de revitalisation pour l’économie européenne qui souffre. En ce moment, la Grèce et le gouvernement Syriza ont besoin de deux choses: être déterminés et oser, oser et être déterminés!
Vous avez dit aux médias russes que la politique de sanctions de l’Union européenne face à la Russie est une «très mauvaise politique», puisqu’elle nuit gravement aux relations entre la Russie et l’Union européenne. Cette déclaration de votre part signifie-t-elle qu’un gouvernement Syriza adopterait une approche différente concernant les relations avec la Russie ? Et cela pourrait-il être le cas même si des problèmes se posaient dès lors avec nos partenaires européens?
Les sanctions économiques de l’Union européenne contre la Russie sont totalement inacceptables et elles alimentent de nouvelles divisions très bouleversantes en Europe qui remontent à la période de la guerre froide. Le gouvernement Syriza va faire tout ce qu’il peut pour que ces sanctions de type guerre froide prennent fin. Mais, surtout, le gouvernement Syriza va prendre des initiatives pour le développement et la valorisation essentielle des relations gréco-russes dans tous les secteurs, et en particulier dans les secteurs politique, économique et énergétique, des relations qui revêtent une importance critique pour notre pays. En général, Syriza va planifier et appliquer une nouvelle politique des affaires étrangères indépendante et à plusieurs niveaux, laquelle sera uniquement basée sur l’intérêt national, la paix et la stabilité dans notre région et en Europe, loin des dépendances, des «satellisations» et de la domination. La Grèce ne sera le «protectorat» de personne ni ne fera l’objet d’une expérimentation sans respect, sans limites dans les jeux de grands centres impérialistes.
Vous avez dit que «les blindés modernes sont les médias aux intérêts enchevêtrés». Syriza sera-t-elle capable de faire face à la corruption et à ces intérêts enchevêtrés et pourquoi Syriza réussirait-elle là où beaucoup d’autres ont échoué?
Parmi les plus grandes plaies, sinon la plus grande, pour le pays, il y a la corruption entre le gouvernement – l’Etat –, l’oligarchie et les médias. Avec Syriza nous allons mettre fin à cette corruption et la garantie pour cela ne consiste pas seulement en l’orientation de Syriza, mais surtout dans les forces du peuple qui nous soutient et les demandes implacables de notre temps.

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