rivi a écrit:Factuellement : Tu faisais référence dans un message précédent aux sociétés dites primitives étudiées d'un point de vue anthropologique par Mauss. Ces mêmes sociétés peuvent, entre autre, servir d'illustration afin de montrer que les échanges inter-tribaux répondent également à une logique de pacification des relations.
Mon illustration via l'exemple de la Kula (à laquelle Ricardo n'accorderait certainement pas le statut "d'échange commercial") voulait montrer justement que les échanges économiques au sens classique ne sont pas les seules données à prendre en compte pour évaluer les relations entre peuples de cultures différentes.
rivi a écrit:Historiquement : Plus récemment (XIXè siècle), David Ricardo a quand même montré que l'internationalisation des échanges permettait de rapprocher les peuples.
Loin de moi l'idée de dénigrer l'apport de Ricardo à la science économique (je ne crois pas que Sapir le ferait non plus d'ailleurs). Mais l'économie comme toute science progresse et s'enrichit de la correction et du dépassement de convictions erronées préalables. C'est le cas notamment de tout ce qu'a pu dire Ricardo pour promouvoir le libre-échange, pour lui meilleure condition de la prosperité économique.
Je vais prendre simplement deux exemples : la 1ère et 2ème guerre mondiale.
Au moment de la 1ère guerre mondiale, la majorité des pays européens déjà durement touchés par la Grande Dépression du dernier quart du 19è siècle (conséquence de premières tentatives libre-échangistes) s'orientent de nouveau depuis peu vers le protectionnisme (1892), sauf le Royaume-uni.
Les Etats-unis eux n'ont pas connu d'épisode réellement libre-échangiste depuis la guerre de Sécession et la victoire du Nord protectionniste. Ils vont relever au contraire leurs niveaux de protection économique durant toute la première partie du 20è siècle et connaître une forte croissance (l'une des plus fortes de leur Histoire) alors que l'Europe s'enfonce dans la Dépression.
Bilan : "au cours de la phase d’expansion économique 1889/1892 à 1913, la croissance a été de 0,9% par habitant au Royaume-Uni, resté fidèle au libre-échange tandis qu’en Europe continentale devenue protectionniste, elle était de 1,5%. Entre 1891/1893 et 1913, le volume des exportations européennes s’accrut de 3,9% par an, contre moins de 3% pendant la période de libre-échange" (Source Paul Bairoch. Mythes et paradoxes de l’histoire économique, pp. 233-234)
Les USA resteront protectionnistes jusqu'à la fin de la 2ème guerre mondiale. L'Europe, elle va s'engager dans un libre-échange effrené qui conduira à la crise de 1929, puis sa conséquence la guerre. Ils ne se sortiront partiellement de cette crise que par des mesures protectionnistes (ce qui entrainera la fausse interprétation que le protectionnisme mène à la guerre).
En 1945, les USA sont devenus la puissance mondiale archi-dominante grâce à leur stratégie protectionniste.
Il est temps pour eux alors de se convertir au libre-échange et de l'imposer au monde entier.
Ils créent le GATT, ancêtre de l'OMC, et leur pays n'a pas connu un seul jour de paix depuis cette date...
Quelques éléments pour combattre la mythologie du libre-échangisme :
Mythes et paradoxes de l’histoire économique - de l'économiste belge (si si, ça existe)
Paul Bairochhttp://fredericschneider.free.fr/Paul%2 ... 0pages.doc (Document Word)
rivi a écrit:On ne peut pas comparer l'Union Latine et l'Euroland : il n'y a pas eu de monnaie commune mais harmonisation de poids, titrage, etc. dans l'union latine ni même centralisation des décisions monétaires, banque centrale commune, etc. bref ce n'est absolument pas comparable

Je trouve au contraire que c'est très comparable, mais si l'on n'a plus le droit de faire des comparaisons, alors il n'y a plus de science historique...
La banque centrale commune n'a pas d'intérêt ni même d'importance dans un système d'étalon-or. C'est la principale différence, mais elle n'empêche pas d'opérer des comparaisons à mon humble avis.