maraboo666 a écrit:L'argent est aboli au même titre que le processus de marchandisation du monde et de l'être humain initié à partir de la révolution du Néolithique qui conduirait inéluctablement à la City de Londres et à Wall Street!
Cela signifie -t-il un retour à l'âge de Pierre?
Je vois que la discussion part loin, puisqu'on en est à parler d'
abolition de l'argent.
Ce n'est pas un reproche, bien au contraire. Je pense qu'il serait intéressant d'ouvrir une discussion sur les alternatives au système monétaire/bancaire/financier actuel afin de pouvoir confronter des points de vue sur un mode positif et pas uniquement comme des "antis" (anti-euro, anti-libéraux, anti-capitalistes pour certains d'entre nous...)
Il y a en effet tout un éventail de possibles entre la position "réformer les banques" qui se limite bien souvent en une croyance vaine qu'il faut laisser aux banquiers eux-mêmes le pouvoir de "s'autoréguler", et la position maximaliste de "l'abolition de l'argent", slogan probablement utopiste et constituant peut-être un idéalisme et un fétichisme jumeau du fétichisme de la valeur que dénonçait Marx à juste titre.
Aujourd'hui je ne crois plus en l'abolition de l'argent (même comprise dans le sens non pas de la suppression des 3 fonctions sociales de l'argent, mais comme une décision d'annihiler le fétichisme de l'argent occultant les rapports de domination entre les hommes).
Il existera peut-être un jour une société humaine où se produira un "déperissement de l'argent", dans le cadre d'une société où la nécessité n'existera plus (que l'on appelle ça "communisme", "anarchie" ou autrement peu importe).
Mais aucun d'entre nous n'assistera jamais à celà, alors agiter un objectif aussi lointain face à des nécessités immédiates ne ferait que nous mener dans une impasse en nous confrontant à des tâches impossibles.
Hormis des expériences sur des territoires restreints, je ne crois pas que cette perspective ait été envisagée sérieusement. Elle est d'autre part porteuse de dérives potentielles à cause de la polysémie du mot argent, et il faut être clairs sur le fait que le but n'est pas de renvoyer l'Humanité 4000 ans en arrière à l'âge de l'économie de troc.
Malgré tout je reste ouvert au débat avec ceux parlant d'une abolition de l'argent dans le sens, comme tu le fais je pense, d'abolition du fétichisme de la marchandise.
Du côté du "réformisme" (réforme des banques, de la monnaie) je ne me fais pas davantage d'illusions, parce que je n'ai d'illusions ni dans la capacité du marché à s'autoréguler, ni dans la prétendue neutralité de l'État qui n'est toujours avant tout que l'un des instruments de la classe dominante.
Il y a peut-être quelque chose à creuser du côté de la notion de
service public. Cette notion n'étant pas, contrairement à ce que beaucoup croient, synonyme d'étatisme.
Un service public de la monnaie et un service public bancaire, pourquoi pas. Pas sous contrôle de l'État mais sous contrôle direct des citoyens afin que cette mission de service public ne soit pas dévoyée justement.
Ce serait s'engager dans la voie non pas d'une réforme,
mais d'une transformation, d'un dépassement de l'argent.
Cela supposerait de s'appuyer sur des formes de souveraineté absolument pas nouvelles et ayant fait maintes fois leurs preuves depuis la Commune de Paris, c'est à dire l'
autogestion politique.
Bien sûr, si l'on en arrive là, il faudra s'attendre évidemment à une réaction brutale de l'oligarchie confrontée au risque de la perte de ses privilèges...